Du mouvement sur les sites d’informations “alternatifs”

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Si l’année 2008 sera celle des réseaux sociaux, de la guerre Google Vs. Facebook et du ciblage comportemental, elle s’annonce tout aussi passionnante pour les médias d’informations “alternatifs” et leur avenir.

Petit point sur les 3 acteurs qui feront l’actu en 2008.

rue89

En mai 2007, rue89 avait lancé l’offensive, et trouvait rapidement sa place dans le débat national avec quelques scoops, dont la fameuse révélation de la censure du vote de Cécilia Sarkozy au Journal du Dimanche. Après cinq mois d’existence, le site comptabilisait 700 000 visiteurs uniques par mois (stats internes tirées de Google Analytics, un outil qui a tendance à tirer les chiffres vers le bas), embauchait plusieurs personnes jusqu’alors bénévoles, et investissait de nouveaux locaux (photo).

Le modèle est pour le moment déficitaire : les revenus publicitaires ne sont pas suffisants pour couvrir les frais, et l’arrivée d’un investisseur (qui détiendra moins d’un tiers de la société pour des raisons d’indépendance) semble inévitable. Petite particularité : le développement de services et sites Internet pour le compte de tiers permettra peut-être d’aider à financer l’activité éditoriale (l’expérience a été tentée avec le développement du site littéraire du Nouvel Observateur, BibliObs — un site potentiellement intéressant mais à la mise en page douteuse).

@si (Arrêt sur images)

Après s’être fait lourdé de La Cinquième, après une aventure pétitionnaire et des rumeurs d’expatriation en Suisse, Daniel Schneidermann et son équipe ont décidé de tenter la grande aventure du web, séduits par l’indépendance et la réactivité du média.

On savait depuis le début que le site serait un mix entre gratuit et payant, avec des “choses” réservées aux abonnés. On ne sait pas vraiment ce que seront ces choses, mais Schneidermann sait entretenir le suspense et peut compter sur une petite foule de fidèles pour le suivre sans plus de précisions : un beau geste de soutien de la part de son public, mais à n’en pas douter, il sera sévèrement critiqué si le résultat n’est pas à la hauteur !

Le 4 novembre, Schneidermann annonçait quel le futur @si serait sans pub. Une décision non pas motivée pour l’indépendance vis-à-vis des annonceurs (argument qui aurait certainement été un peu léger), mais pour ne pas s’embarquer soi-même dans la spirale infernale de l’audience, qui consisterait notamment à sélectionner les sujets en fonction de leur potentiel de PAP (”Page avec Affichage Publicitaire”, l’unité de mesure publicitaire sur Internet). En bref, pas de pub pour rester intègre.

Toujours le 4 novembre, Daniel Schneidermann annonçait plus de 25 000 abonnés payants, et une trésorerie de 500 000 euros, ce qui permettrait à une équipe de 5 personnes et demie de travailler pendant un an. Question audience, ils en étaient à 30 000 visiteurs par jour, “avec des pics à 60 000″ (selon Google Analytics, décidément très prisé). Lancement prévu début 2008.

Au passage, Daniel Schneidermann s’avère un excellent vulgarisateur des différentes phases de conception d’un projet web, exemple avec le cahier des charges :

“le document qui recense les mille et une merveilles que vous pourrez trouver sur le site. Ce sont les plans de l’édifice, avec ses pièces principales, ses couloirs publics ou secrets, ses fonctionnalités, tel qu’il sera non seulement à son lancement, en janvier 2008, mais tel qu’il devra pouvoir être un an plus tard, dix ans plus tard.”

ou la charte graphique :

La charte graphique, ce n’est pas seulement la couleur des murs. C’est aussi des outils pour que vous puissiez vous repérer dans les différentes zones du futur site. Pour que vous puissiez par exemple savoir au premier regard si vous êtes dans la zone “chroniques-humeurs-coups de sang”, ou dans la zone “là c’est du béton, on a tout vérifié, vous pouvez faire confiance”.

Projet MediaPart

“Projet MediaPart”, c’est le nom du projet de site d’information d’Edwy Plenel, qui sera lancé “pour les premiers mois de 2008″. Dans un (long) chat sur le site du nouvelObs, l’ancien directeur du Monde révèle de plusieurs détails :

  • Le site ne diffusera pas de publicité mais sera financé par les abonnements des internautes (”moins cher qu’une place de cinéma pour un mois”, soit environ 8 € / mois). “Il y a trop de site pour un gâteau publicitaire insuffisant et que se partagent les majors déjà installés. Et la publicité pose un problème non seulement d’indépendance, mais aussi de pollution visuelle, plus encore sur le web que sur le papier.”
  • Ils sont en train de rassembler 4 millions d’euros (”un journal papier, ça coûterait dix fois plus cher, 40 millions d’euros au lieu des 4 que nous rassemblons”), confirmé par l’AFP.
  • Il sera librement inspiré des Américains Slate, Politico ou du Coréen OhMyNews.
  • Sur le contenu, il y aura photo et vidéo (”de la qualité, de l’élégance, voire un peu d’austérité”), et “le paquet sur des enquêtes inédites”, pour une organisation autour de trois piliers : “le meilleur de l’info (des articles inédits, originaux, exclusifs, très sélectifs), le meilleur du web (on va trier pour vous, sélectionner, éditer, hiérarchiser), et le meilleur du débat (là, ce sera votre affaire : le participatif, les contributions, la communauté, le club).”
  • Une quarantaine de personnes fera partie de l’aventure, essentiellement des journalistes, dont certains seront débauchés de quotidiens nationaux. “Côté Internet”, une agence sera partenaire du projet.
  • Parmi les fondateurs, François Bonnet, qui a quitté ses fonctions de directeur adjoint de Marianne.
  • Les non-abonnés ne pourront pas participer aux commentaires ou aux opinions : “il y aura des procédures, des modérations et des validations. Avec des principes et valeurs explicites qui seront garantis par l’adhésion payante : on sait où on est, avec qui on est.”

En bref, nous allons assister en 2008 à l’évolution de 3 sites concurrents mais complémentaires, qui ciblent plus ou moins les mêmes publics, et avec des modèles économiques différents (car si Arrêt sur Images et MediaPart font le pari du payant, les besoins financiers seront complètement différents, vu le dimensionnement des équipes). Là ou Arrêt sur Images pourra miser sur son capital sympathie et sur un engagement quasi citoyen de la part de ses lecteurs, MediaPart devra se montrer encore plus convainquant pour justifier un abonnement annuel d’une centaine d’euros (je rappelle que le vrai tarif n’a pas été annoncé, on en saura plus avant la fin de l’année 2008).

Le web semble être perçu comme le nouvel El Dorado de l’indépendance financière et donc éditoriale. Cet apparent terreau de liberté permettra-t-il l’éclosion de médias alternatifs de qualité ? Wait & see…

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